HERAKLION

 

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Alexandrie, 7 juin 2001 - Après plusieurs années de prospection électronique en baie d'Aboukir, en collaboration avec le Conseil suprême des Antiquités en Egypte, la campagne dirigée par Franck Goddio et son équipe avait révélé, en 2000, des vestiges archéologiques importants en deux endroits distincts. L'un à deux kilomètres en mer sur un site qui avait été un faubourg oriental de Canope; l'autre à six kilomètres de la côte et qui de toute évidence correspond à Héraklion. La ville tirait son nom du temple principal qui s'y dressait, dédié à Héraclès ou Hercule, pour les Etrusques et les Romains. Bien avant la fondation d'Alexandrie en 331 a. C., Héraklion était le port qui contrôlait l'entrée de la branche occidentale du Nil. La mission d'avril - mai 2001 s'est donné pour tâche de dresser un premier inventaire des vestiges d'Héraklion qui couvrent une surface de 1000 m sur 800 m. Des relevés minutieux ont fait apparaître les restes de vastes constructions et de bassins portuaires. Au fond de ces ports une dizaine d'épaves antiques ont été repérées è ce jour. Il est probable que la ville d'Héraklion a été engloutie à la suite de phénomènes sismiques avant la disparition du faubourg oriental de Canope. La campagne de sondages géologiques poursuivie cette année en coopération avec le professeur Stanley du Smithsonian Institute, Washington, apportera des réponses précises à ce sujet. Une trouvaille surprenante a été faite près des bassins portuaires. " Il s'agit d'une magnifique stèle, intacte, de granit noir haute de 195 cm " commente le professeur Jean Yoyotte, égyptologue au Collège de France, Paris. " C'est un doublet parfait de la fameuse stèle de Naucratis trouvée en 1899 et conservée au Musée du Caire. L'inscription de Naucratis consacre la décision du pharaon Nectanébo I (378-362 a. C.) d'attribuer au trésor du temple de la déesse Neith un dixième des taxes levées sur les activités et marchandises des Grecs. L'inscription d'Héraklion ne diffère de la précédente que sur un point : là où celle-ci prescrit que la stèle doit être placée "dans la ville appelée Naucratis", la nôtre en ordonne l'érection "à l'entrée de la mer des Grecs", "dans la ville appelée Thonis" ". Héraklion-Thonis était, selon Hérodote, la porte d'entrée obligatoire en Egypte, pour tous les navires étrangers depuis le Nouvel Empire. Prés de murs importants, les fouilles ont permis de dégager du sédiment, trois statues colossales de granit rose, dépassant 5 m de hauteur brisés mais complètes. Deux d'entre elles représentent un pharaon et une reine.

 

La troisième, exceptionnelle en son genre, représente le dieu Hâpi, divinité de l'inondation du Nil et de la fertilité. Ces sculptures imposantes gisaient proches d'une monumentale chapelle monolithe de granite rose, un naos, d'époque ptolémaïque. L'examen de ses inscriptions, par le professeur Jean Yoyotte permet d'établir que l'Amon d'Héraklion, " Amon-Gereb " était la forme du dieu suprême qui attribuait au pharaon le titre juridique fondant sa souveraineté sur la terre d'Egypte, tandis que le dieu Khonsou, identifié à l'Héraclès grec était le prototype des princes légitimes qu'Amon avait engendré. Ces découvertes indiquent la présence à cet endroit du grand temple d'Héraklion. Les fouilles entreprises sur le site du temple d'Héraklion ont mis au jour un riche mobilier archéologique. Vaisselle de bronze, monnaies d'or, bijoux, ont été retrouvés dans un très bon état de conservation, associés à une statuaire de grande qualité. Sur le site, aucun objet postérieur au premier siècle avant notre ère n'a été retrouvé à ce jour. " Les récentes découvertes archéologiques, dont notamment la stèle d'Héraklion, les statues colossales et le naos du temple ", commente Franck Goddio " viennent compléter l'établissement des cartes des fonds de la baie d'Aboukir et permettent d'apporter des précisions précieuses quant au nom égyptien et à la position de cette fameuse ville d'Héraklion.

 

EIIes expliquent l'identité, jusqu'alors incomprise, de son célèbre temple d'Héraclès Khonsou, qui, selon la légende, reçut la visite d'Hélène et de Paris. Elles donnent aussi des indications essentielles sur la topographie de la région canopique. La localisation du port d'Héraklion et la découverte de plus de dix épaves antiques sont d'un très grand intérêt. Elles sont prometteuses de découvertes encore plus intéressantes à l'avenir. Les trouvailles de cette année ont dépassé toutes nos espérances, nous en sommes plus qu'heureux. " Les résultats des fouilles de Franck Goddio et de son équipe éclairent d'un jour nouveau les sources historiques au cceur desquelles réalité et légendes s'entremêlent. Pour les Grecs, les mythes constituaient un moyen important pour. comprendre le passé et établir un lien avec les pays étrangers. Par ses nombreuses aventures qui l'ont conduit aux quatre coins du monde méditerranéen, et bien évidemment en Egypte, Héraclès-Hercule était particulièrement prédestiné à tenir ce rôle. Ainsi, l'historien grec Diodore de Sicile transcrit un de ses hauts faits: il arriva qu'une inondation du Nil particulièrement violente rompe toutes les digues. Héraclès en colmata rapidement les brèches et remit le fleuve dans son lit. En remerciement, on lui érigea un temple et la ville fut appelée Héraklion. Plus tard, l'historien grec Hérodote, qui visita la région, raconte que la belle Hélène et son non moins bel amant, Paris, en fuite devant son mari jaloux Ménélas, avait cherché refuge dans la région. Le gardien de l'embouchure du Nil, Thonis, avait refusé son aide pour des raisons morales. Plus tard, une légende fera de Thonis un roi égyptien dont le nom aurait également était attribué à la ville. Les deux légendes expliquent les noms de la même ville qui depuis le début du Nouvel Empire et longtemps avant la fondation d'Alexandrie était la porte de l'Egypte sur la Méditerranée: Heracléion-Thonis. Le professeur Manfred Clauss (université de Francfort) se réjouit, quant à lui, des apports à la connaissance historique: " Les résultats fantastiques obtenus par Franck Goddio, en collaboration avec le Conseil suprême des Antiquités en Egypte, apportent les premières informations sur l'histoire d'une ville engloutie et les premières réponses à des questions qui passionnent également historiens et archéologues. Cependant, il y a encore beaucoup à faire dans la ville d'Héraclès dont les hauts faits semblent s'offrir en exemple aux travaux qu'il reste à accomplir. Nous attendons avec curiosité les prochaines missions. " Le travail de Franck Goddio et de son équipe est soutenu par la Fondation Hilti. La chaîne Discovery soutient également ses projets et produira un documentaire diffusé dans le monde entier.