LA FLOTTE FRANCAISE D'ABOUKIR
"Le rêve perdu de Bonaparte"

 

Discovery Channel
et la Fonda
tion HILTI

par Michèle Battesti
1er août 1789: Dans la baie d'Aboukir (Egypte), l'escadre française du vice-amiral Brueys est surprise au mouillage par l'escadre anglaise de Nelson. A bout portant, la bataille est effroyable. En dépit de l'équilibre des forces, (13 vaisseaux contre 14) l'engagement tourne au désastre pour les Français. Leur bilan est sévère: 11 vaisseaux dont le vaisseau-amiral l'Orient détruits ou pris ainsi que 2 frégates, quelque 1700 hommes tués dont Brueys et 3 commandants de vaisseau, 1500 bléssés et plus de 3000 prisonniers. Seuls 2 vaisseaux (Guillaume Tell, Généraux) et 2 frégates (Diane et Justice) échappent au désastre.
l'explosion de l'Orient
En comparaison, les Anglais n'ont que 218 hommes tués, 678 bléssés et 2 vaisseaux avariés. Conséquence immédiate: privés de flotte, les 30 000 hommes de l'armée d'Orient sont désormais "prisonniers" d'une Egypte que venait de leur assurer la fulgurante victoire des Pyramides (21 juillet).
pompes de l'Orient Désormais, leur sort dépend de la venue d'une expédition de secours qui doit traverser la Méditerranée dont les Anglais se sont adjugé la maîtrise. Ni les expéditions navales de secours du Directoire (1799), ni celles du Consulat (1800-1801) ne permirent de desserer l'étau. La stratégie périphérique de Bonaparte en Orient a avorté et la Grande-Bretagne prit la tête d'une nouvelle coalition européenne contre la France.La Bataille d'Aboukir s'est avérée décisive et a changé le cours de l'histoire en contraignant Bonaparte à abandonner ses ambitions en Orient et à se contenter de la vieille Europe. Or, le plus déconcertant est que cette bataille n'aurait jamais dû se produire.
Selon le plan initialement prévu par Bonaparte, l'escadre française aurait dû se trouver en sécurité dans le Port-Vieux d'Alexandrie. Une nécessité d'autant que Nelson rôdait dans les parages et pouvait fondre sur la flotte française.Cependant, Brueys avait refusé d'entrer dans le Port-Vieux en raison de la dangerosité des passes et par crainte de s'y trouver pris au piège. Le mouillage à Aboukir était un compromis. Or avant son départ pour la conquête du Caire, Bonaparte commit la faute de s'en contenter alors que Brueys ne se sentait pas autorisé à quitter le littoral égyptien et, de toute façon, refusait de laisser l'armée d'Orient sans arrière.En cas de rencontre avec les anglais, les atouts des Français étaient nombreux: des vaisseaux supérieurs, une artillerie plus puissante, des chefs issus de la guerre d'Amérique (Brueys, Decrès, Blanquet, du Chayla). Mais, curieusement, ils accumulèrent tant d'erreurs qu'elles leur furent fatales: un site mal choisi, un embossage raté, un commandement timoré (Villeneuve), plus de courage - voire d'héroïsme (Casabianca, Dupetit-Thouars) - que d'efficacité. Dans ces conditions, la survie de l'escadre dépendait paradoxalement des erreurs tactiques que commettrait l'ennemi, autant demander l'impossible à Nelson.

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